Pourquoi le tufting est devenu mon langage?

Le tufting comme langage artistique : carnet d’écriture, fils de laine et œuvre textile tuftée.

Quand je dis que je suis artiste textile, une question revient presque systématiquement.

Qu’est-ce que le tufting ?


Je répondais très souvent en décrivant une technique. Aujourd’hui, je crois que cette réponse est incomplète.

Oui, le tufting est un procédé de fabrication. Mais pour moi, il est devenu bien plus que cela.

Il est devenu une manière de penser, de créer et de raconter ce que les mots ne suffisent plus toujours à dire.

Qu’est-ce que le tufting ?

Le tufting est une technique textile qui consiste à insérer des fils de laine ou d’autres fibres dans une toile tendue, à l’aide d’un outil appelé tufting gun.

Une fois les fibres implantées, elles sont fixées, puis la surface peut être rasée, sculptée et travaillée à la main afin de faire apparaître les formes, les volumes et les reliefs.

Cette technique permet de créer des tapis, mais aussi des œuvres textiles murales, avec une immense liberté de formes, de couleurs, de textures et de hauteurs de matière.

Là où la production industrielle cherche à reproduire exactement la même pièce, le tufting permet au contraire d’explorer l’unique.

Une forme peut changer, un relief peut apparaître, une texture peut prendre une direction inattendue, et aucune pièce n’est obligée de ressembler à la précédente.

C’est cette liberté qui m’a immédiatement fascinée.

Une technique n’est qu’un outil

Lorsque j’ai découvert le tufting, je n’ai pas eu le sentiment d’apprendre simplement une nouvelle technique.

J’ai eu le sentiment de découvrir un nouveau langage.

Avant cela, j’écrivais, et à travers mes livres comme dans mes réflexions, j’explore une même question :

Qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ?

Les mots ont été ma manière d’approcher cette question. Ils le sont encore.

Mais un jour, j’ai ressenti le besoin d’aller ailleurs parce que certaines émotions peuvent être racontées et d’autres demandent simplement à être ressenties.

Quand la matière prend le relais

La laine possède quelque chose que les mots n’auront jamais.

Elle occupe l’espace.

On peut la regarder, mais notre corps comprend presque immédiatement ce qu’elle pourrait provoquer sous nos doigts, son relief accroche la lumière, sa texture attire le regard, sa présence transforme une surface plane en quelque chose de vivant.

Avec le tufting, je peux jouer avec les volumes, les hauteurs de fibres, les ombres, les creux et les mouvements.

Et peu à peu, j’ai commencé à comprendre la matière comme j’avais appris à comprendre les mots.

Chaque variation devient une phrase, chaque texture devient une émotion, chaque relief crée une ponctuation.

La laine me permet de raconter autrement ce que j’essayais déjà de comprendre lorsque j’écrivais.

L’être humain, ses contradictions, ses blessures, ses liens et sa manière de regarder le monde et de se regarder lui-même.

Pourquoi je ne pourrais plus créer autrement

Je ne choisis jamais une couleur uniquement parce qu’elle est belle. Je ne crée jamais une texture uniquement parce qu’elle est esthétique.

Chaque décision participe à une intention, une fibre plus longue peut évoquer la douceur, un relief plus marqué peut créer une tension, une surface plus calme peut inviter à respirer, une rupture dans la matière peut déranger le regard.

Rien n’est là uniquement pour décorer.

Petit à petit, j’ai compris que je ne fabriquais pas simplement des œuvres textiles.

Je construisais un vocabulaire, et ce vocabulaire grandit encore aujourd’hui, œuvre après œuvre.

Il existe des choses que je peux écrire et il existe désormais des choses que je préfère faire ressentir.

Bien plus qu’un tapis

Beaucoup de personnes découvrent aujourd’hui le tufting à travers des vidéos où l’on voit un pistolet parcourir rapidement une toile.

C’est souvent fascinant à regarder mais ces images montrent surtout le geste.

Elles ne montrent pas nécessairement ce qui existe avant lui.

Avant chaque geste, il peut y avoir une intention, une réflexion, une émotion, une question.

C’est là, pour moi, que commence réellement une œuvre.

Le tufting n’est donc pas ce qui donne du sens à mon travail. Il est le moyen que j’ai trouvé pour donner une forme à ce qui m’habite.

Comme un écrivain choisit ses mots, comme un musicien choisit ses notes, moi, j’ai choisi la laine.

Ou peut-être est-ce elle qui, un jour, m’a permis de comprendre que je pouvais continuer à écrire…

sans forcément utiliser de mots.

Merci d'avoir pris le temps de lire ces lignes.

À bientôt dans le Journal d'Akou.

Ryslein Sakouni



Et vous...

Existe-t-il une matière, une couleur, un objet ou une texture capable de réveiller en vous quelque chose que vous auriez du mal à expliquer avec des mots ?

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