Pourquoi un œil ?

Œuvre textile tuftée représentant un œil au centre des quatre éléments, illustrant le chapitre « Pourquoi un œil ? » du Journal d'Akou.

Il y a une question que l'on me pose souvent.

Pourquoi un œil ?

Pendant longtemps, je répondais en parlant de symbole.


Aujourd'hui, je crois que la réponse est beaucoup plus simple.

Parce que nous avons tous besoin d'être vus, pas regardés.

Dans l'histoire de l'art, l'œil est souvent associé à la vigilance, à la conscience ou à la protection. Pour moi, il ne représente rien de tout cela.

Si j'ai choisi l'œil comme symbole de mes œuvres, c'est parce qu'il me rappelle quelque chose de profondément humain.

Nous avons tous besoin d'être vus pour ce que nous sommes réellement.

Pas pour l'image que nous donnons.

Pas pour ce que nous accomplissons.

Pas pour les rôles que nous jouons.

Simplement…Pour ce que nous sommes.

Être regardé ou être vu ?

Être regardé est quelque chose de courant.

Nous croisons des centaines de regards chaque jour, dans la rue, au travail, sur les réseaux sociaux.

Nous sommes observés, évalués, comparés, parfois admirés, parfois ignorés, mais tout cela ne signifie pas que nous soyons réellement vus.

Être vu...C'est beaucoup plus rare.

Être vu, c'est sentir que quelqu'un reconnaît notre fatigue sans que nous ayons besoin de la raconter, c'est sentir que quelqu'un perçoit nos silences autant que nos paroles, c'est être accueilli sans avoir besoin d'expliquer pourquoi nous ne sommes pas au meilleur de nous-mêmes.

C'est pouvoir respirer sans avoir à contrôler l'image que nous renvoyons, c'est pouvoir déposer ses masques.

Ne plus jouer un rôle, ne plus chercher à convaincre, ,e plus essayer d'être davantage.

Juste...Être.

Je crois que nous passons une grande partie de notre vie à construire des versions de nous-mêmes que nous espérons suffisamment aimables pour être acceptées.

Nous apprenons très tôt à répondre aux attentes, à faire ce qu'il faut, à dire ce qu'il faut, à montrer ce qu'il faut.

Alors, sans même nous en rendre compte, nous finissons parfois par confondre notre valeur avec le regard des autres. Nous sourions lorsque nous avons envie de pleurer. Nous affirmons que tout va bien lorsque nous sommes perdus. Nous devenons performants, productifs, drôles, forts.

Parce que nous avons appris qu'il était parfois plus facile d'être admiré que d'être vrai.

L'ego nous protège, il construit des armures, des personnages, des réussites, il nous aide parfois à avancer. Mais, en échange, il nous éloigne souvent de celui que nous sommes réellement.

Et plus nous portons ces masques...Plus nous avons peur qu'un jour quelqu'un découvre ce qu'il y a derrière.

Alors nous continuons, nous jouons, nous prouvons, nous courons, toujours un peu plus, comme si notre place dépendait de notre capacité à ne jamais faiblir, jusqu'à oublier notre propre visage.

Je me demande parfois combien de personnes vivent ainsi, entourées, écoutées, regardées, et pourtant profondément invisibles.

Combien d'entre nous rêvent, au fond, qu'une seule personne leur dise un jour :

"Je vois ce que tu traverses."

Sans jugement, sans conseil, sans attente.

Simplement avec une présence sincère.

Pourquoi l'œil est devenu le symbole d'Akou

C'est peut-être pour cela que l'œil revient sans cesse dans mon travail.

Il n'est pas là pour surveiller, il n'est pas là pour juger, il n'est même pas là pour observer, il est là pour dire quelque chose que nous entendons trop rarement.

Je te vois.

Je vois tes blessures.

Je vois tes doutes.

Je vois tes contradictions.

Je vois tes peurs.

Je vois la personne que tu caches parfois derrière ce que tu montres au monde, et tu n'as pas besoin d'avoir peur.

Parce qu'être vu ne devrait jamais être une menace.

Cela devrait toujours être un refuge.

J'aime imaginer qu'une personne puisse s'arrêter devant une de mes œuvres et, pendant quelques instants, oublier ce qu'elle croit devoir être, qu'elle puisse simplement respirer, retrouver un peu de silence, et ressentir qu'elle existe déjà pleinement, sans avoir rien à prouver.

Si mes œuvres peuvent offrir cela, ne serait-ce qu'à une seule personne, alors elles auront déjà accompli quelque chose d'essentiel.

Peut-être que c'est cela, au fond, la présence de cet œil.

Une présence silencieuse qui ne demande rien, qui n'attend rien, qui nous rappelle simplement que nous avons le droit d'être imparfaits.

Le droit d'être fragiles.

Le droit d'être vrais.

Et que c'est précisément à cet endroit que réside notre beauté.

Le plus beau cadeau que l'on puisse offrir

Parce que le plus grand cadeau que nous puissions offrir à quelqu'un n'est peut-être pas de le regarder, mais de lui faire sentir qu'il est enfin vu.

Si cette réflexion vous parle, vous comprendrez peut-être aussi pourquoi j'ai écrit le chapitre « Pourquoi je refuse de reproduire une œuvre ? ».

Car derrière chacune de mes créations se trouve la même conviction : chaque être humain est unique.

Merci d'avoir pris le temps de lire ces lignes.

À bientôt dans le Journal d'Akou.

« Je te vois. »

Ryslein Sakouni


Et vous...

Vous est-il déjà arrivé de rencontrer une personne qui vous a réellement vu… au-delà des apparences ?

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