Une œuvre peut-elle accompagner une vie?

Main d'une personne âgée caressant une œuvre murale en art textile Akou, évoquant le lien durable entre une création et son propriétaire.

Au-delà de la décoration, une présence dans le quotidien, nous vivons entourés d'objets.

La plupart remplissent une fonction.

Ils décorent une pièce, habillent un mur, occupent un espace.

Puis, avec le temps, nous finissons presque par ne plus les voir.


Et pourtant…

Il existe des objets qui échappent à cette règle, des objets que l'on ne traverse jamais du regard, parce qu'ils nous rappellent une rencontre, une décision, une épreuve, une victoire, une personne, ou simplement une version de nous-mêmes que nous ne voulons pas oublier.

Je crois que c'est à ce moment-là qu'un objet cesse d'être un objet.

Il devient une présence.

Une présence silencieuse, mais bien réelle.

Une présence qui accompagne notre quotidien sans jamais avoir besoin de parler.

Pourquoi je crée des œuvres sur mesure?

On me demande souvent pourquoi je crée presque exclusivement des œuvres sur mesure.

La réponse que l'on attend est généralement simple.

On imagine que c'est une question d'esthétique, de personnalisation, ou de décoration.

Mais la vérité est ailleurs.

Je ne crée pas des œuvres sur mesure pour qu'elles soient différentes. Je les crée parce que je n'ai jamais rencontré deux êtres humains identiques.

Chaque personne porte une histoire que personne d'autre ne pourra raconter à sa place.

Une manière d'aimer.

Une manière de tomber.

Une manière de se relever.

Une manière de regarder le monde.

Alors pourquoi créerais-je la même œuvre pour deux personnes différentes ?

Je pourrais concevoir une belle pièce qui s'intègre parfaitement dans un intérieur. Elle remplirait sa fonction décorative, mais, pour moi, ce ne serait plus la même chose. Parce qu'une œuvre sur mesure n'est pas seulement pensée pour s'intégrer à une maison.

Elle est pensée pour entrer en résonance avec la personne qui y vit.

Et c'est cette différence qui transforme, à mes yeux, une simple décoration en une véritable présence.

Avant de créer, je rencontre une personne

Avant de dessiner, j'ai besoin de rencontrer la personne, parfois autour d'un café, parfois derrière un écran, à travers une conversation, un regard, une émotion, les mots qu'elle choisit, ce qu'elle montre.

Mais surtout…

Ce qu'elle ne montre pas.

Je ne cherche pas à savoir ce qu'elle aime.

Je cherche à comprendre qui elle est lorsque plus personne ne la regarde.

C'est cette personne-là qui m'intéresse parce que c'est elle qui donnera un sens à l'œuvre.

Lorsque je commence à créer, je n'emporte pas seulement des idées. J'emporte avec moi ce que cette rencontre a fait naître.

Je travaille avec mes mains, mais aussi avec toute mon attention.

Chaque détail devient une manière de traduire ce que j'ai compris, ressenti, parfois même deviné.

Une œuvre qui traverse le temps

Je pourrais créer une œuvre sans tout cela, elle serait peut-être belle, mais elle ne raconterait rien.

Et pour moi, une œuvre qui ne raconte rien reste un décor parmi tant d'autres.

Moi, je cherche autre chose.

Je cherche une œuvre qui accompagne une vie, une œuvre devant laquelle on s'arrête encore cinq ou dix ans plus tard, parce qu'elle rappelle le chemin parcouru, parce qu'elle redonne de la force, parce qu'elle apporte du réconfort, ou simplement parce qu'elle nous reconnecte à une partie de nous-mêmes que le quotidien avait fini par faire taire.

J'aime imaginer qu'un jour, quelqu'un posera sa main sur cette œuvre, non pas pour vérifier sa matière, mais parce qu'elle lui rappellera un instant de sa vie.

C'est à ce moment-là, je crois, qu'une création cesse d'être un objet.

Elle devient un compagnon silencieux.

Ce qui compte vraiment

C'est aussi pour cette raison que les copies ne m'ont jamais intéressée.

Ce n'est pas la forme qui m'importe, c'est l'histoire qu'elle porte.

Quand quelqu'un me montre une image en me demandant de la reproduire, j'ai toujours le sentiment que mon travail est réduit à une forme.

Alors que, depuis le premier jour, je cherche tout autre chose, je cherche la personne derrière la demande.

Tout comme je l'expliquais dans le chapitre « Pourquoi je refuse de reproduire une œuvre ? », chaque création naît de la conviction que chaque être humain est unique.

Et si ce chapitre fait écho en vous, peut-être comprendrez-vous aussi pourquoi j'ai écrit « Pourquoi un œil ? » : parce qu'avant de créer une œuvre, il faut d'abord apprendre à voir la personne.

Parce qu'au fond…

Je ne fais pas du sur-mesure pour créer des œuvres différentes.

Je fais du sur-mesure parce que je n'ai jamais rencontré deux êtres humains identiques.

Merci d'avoir pris le temps de lire ces lignes.

À bientôt dans le Journal d'Akou.

« Je te vois. »

Ryslein Sakouni



Et vous...

Existe-t-il un objet qui vous accompagne depuis des années… et qui raconte une partie de votre histoire ?

Je serais heureuse de poursuivre cette conversation avec vous sur :

📷 Rejoindre la discussion sur Instagram

💼 Poursuivre cet échange sur LinkedIn

Suivant
Suivant

Pourquoi un œil ?